Cher lecteur, cet article vise à éclairer la problématique des « pieds en dedans » chez l’enfant et à présenter les plaques de marche comme une approche potentielle pour y remédier. Nous aborderons leur mécanisme, leur pertinence clinique, et les considérations essentielles pour les familles et les professionnels de santé.
La démarche en dedans, ou « pieds en dedans », est un motif de consultation fréquent en pédiatrie et en orthopédie. Elle se caractérise par une rotation interne du membre inférieur durant la marche, donnant l’impression que les pieds pointent l’un vers l’autre. Il est crucial de distinguer les différentes origines de cette rotation.
Origines et Causes
La rotation médiale excessive du membre inférieur peut provenir de trois niveaux anatomiques principaux :
- Antéversion fémorale excessive : C’est la cause la plus courante. L’angle entre le col du fémur et les condyles fémoraux est plus important que la normale. Lorsque l’enfant est couché sur le ventre, les genoux tendent à s’orienter vers l’intérieur.
- Torsion tibiale interne : Le tibia lui-même est vrillé vers l’intérieur. Chez un enfant assis en tailleur, les chevilles ont tendance à se pointer en dedans.
- Métatarsus adductus (pied en banane) : L’avant-pied est dévié vers l’intérieur par rapport à l’arrière-pied. Moins fréquente comme cause primaire de marche en dedans, elle peut y contribuer.
Ces conditions peuvent être présentes à la naissance (congénitales) ou se développer durant la croissance. La grande majorité se résout spontanément avec le temps, généralement avant l’âge de 8 à 10 ans, sans intervention. Cependant, une évaluation est nécessaire pour écarter des pathologies sous-jacentes.
Diagnostic Différentiel et Évaluation
Un examen clinique approfondi est essentiel. Il comprend l’observation de la marche de l’enfant, l’évaluation des amplitudes articulaires, et des tests spécifiques pour déterminer le niveau de rotation.
- Observation de la marche : Le clinicien observe la trajectoire des pieds, la symétrie de la marche, et la présence éventuelle de trébuchements.
- Manœuvres cliniques : Des tests comme le « Thigh-Foot Angle » (angle cuisse-pied) mesurent la torsion tibiale. L’évaluation de la rotation médiale et latérale de la hanche en décubitus ventral permet d’estimer l’antéversion fémorale.
- Exclusion de pathologies : Il est important d’exclure des affections neurologiques, des malformations congénitales ou des pathologies orthopédiques structurelles plus sévères. L’imagerie est rarement nécessaire, sauf suspicion de pathologie.
Le Concept des Plaques de Marche
Les « plaques de marche« , ou plus précisément les semelles orthopédiques avec des éléments correcteurs, sont des dispositifs podologiques utilisés dans certains cas de démarche en dedans. Leur objectif n’est pas de « redresser » l’os lui-même, mais d’influencer la manière dont l’enfant pose son pied et sa cheville durant la marche, espérant ainsi un effet sur l’alignement global du membre inférieur.
Principes d’Action
Ces semelles agissent sur la biomécanique du pied et de la cheville. Elles intègrent généralement des éléments spécifiques :
- Cales pronatrices ou supmatrices : Elles visent à modifier l’angle d’attaque du pied au sol. Dans le cas de la marche en dedans, on pourrait imaginer une cale légèrement pronatrice pour aider à « ouvrir » le pas, bien que cela soit débattu.
- Butées latérales ou médiales : Elles peuvent contraindre légèrement le mouvement du pied ou de la cheville, orientant la foulée. Par exemple, une butée latérale vise à limiter la rotation interne excessive.
- Réhaussements : Plus rarement, une correction de longueur de membre peut indirectement influencer la posture et l’alignement.
Il est crucial de comprendre que ces dispositifs ne sont pas des baguettes magiques. Ils accompagnent, plutôt qu’ils ne corrigent de manière forcée. Leur efficacité est fonction de la cause sous-jacente et de l’âge de l’enfant.
Types et Matériaux
Les plaques de marche sont généralement fabriquées sur mesure par un podo-orthésiste, après une prise d’empreintes.
- Matériaux : Ils peuvent varier, allant de résines thermoplastiques semi-rigides à des mousses plus souples, en fonction de la correction souhaitée et du confort de l’enfant.
- Conception : Chaque plaque est unique et adaptée à la morphologie du pied et aux spécificités de la démarche de l’enfant. Le podologue incorpore les éléments correcteurs en fonction de son évaluation clinique.
Indications et Controverses Cliniques
Si la démarche en dedans est souvent bénigne et auto-résolutive, l’utilisation des plaques de marche suscite des débats au sein de la communauté médicale.
Quand Faut-il Envisager une Intervention ?
L’intervention est généralement envisagée dans les cas suivants :
- Marche fonctionnellement gênante : L’enfant trébuche fréquemment, a des difficultés à courir ou à pratiquer des activités sportives.
- Persistance au-delà de l’âge de résolution spontanée : Lorsque la démarche en dedans persiste au-delà de 8-10 ans sans amélioration.
- Douleur ou inconfort : Bien que rare, une douleur liée à l’alignement peut justifier une intervention.
- Retentissement psychosocial : Si l’enfant développe une gêne ou une perte de confiance en raison de sa démarche.
Des seuils numériques, tels qu’une antéversion fémorale supérieure à 30-35 degrés ou une torsion tibiale interne de plus de 15 degrés, peuvent orienter la décision, mais ils ne sont pas les seuls critères.
Le Débat sur l’Efficacité
La littérature scientifique concernant l’efficacité des plaques de marche est hétérogène et parfois contradictoire.
- Arguments en faveur : Certains cliniciens rapportent une amélioration de l’alignement subjectif et de la fonction chez certains enfants, surtout ceux présentant une composante podale ou tibiale significative. Les semelles peuvent offrir un soutien et potentiellement guider la croissance osseuse ou musculaire dans une direction plus favorable.
- Arguments contre : D’autres études concluent à une absence d’efficacité significative par rapport à l’évolution naturelle, notamment pour l’antéversion fémorale, qui est une rotation osseuse proximale. L’argument principal est que les semelles agissent sur le pied, alors que la cause est souvent plus haute (fémur, tibia).
- Importance de l’évolution naturelle : La résolution spontanée est le facteur le plus puissant. Il est difficile de distinguer l’effet réel de la semelle de cette évolution naturelle.
Il est donc impératif, cher lecteur, de modérer les attentes et d’opter pour une approche basée sur des preuves, en consultation avec des professionnels qualifiés.
Le Rôle des Professionnels de Santé
La prise en charge de la démarche en dedans et l’éventuelle utilisation de plaques de marche nécessitent une collaboration interdisciplinaire.
Le Pédiatre et le Médecin Généraliste
Ils sont souvent les premiers interlocuteurs. Leur rôle est d’évaluer la sévérité de la démarche, d’exclure les causes pathologiques, de rassurer les parents, et d’orienter vers des spécialistes si nécessaire. Ils assurent le suivi régulier de l’évolution.
L’Orthopédiste Pédiatrique
Le spécialiste orthopédique évalue plus précisément l’étiologie de la marche en dedans. Il déterminera si la condition relève d’une surveillance simple, de la kinésithérapie, de l’orthoprothésie (semelles), ou très rarement, d’une chirurgie corrective (ostéotomie de dérotation), toujours en dernier recours et en cas de handicap majeur.
Le Podologue-Orthésiste
Ce professionnel est chargé de la confection des plaques de marche. Après une évalution podologique et un examen clinique minutieux, il prend les mesures et fabrique les semelles sur mesure, en collaboration avec l’orthopédiste si ce dernier a recommandé cette approche. Il assure également les ajustements et le suivi technique.
Le Kinésithérapeute
Le kinésithérapeute peut intervenir pour travailler sur la posture, le renforcement musculaire, l’équilibre et la proprioception. Des exercices spécifiques peuvent améliorer la coordination et la conscience corporelle de l’enfant, contribuant à une démarche plus harmonieuse. La kinésithérapie ne « corrige » pas l’alignement osseux, mais optimise la fonction.
Considérations Pratiques et Suivi
L’utilisation de plaques de marche implique des aspects pratiques et un suivi régulier pour en maximiser les bénéfices et minimiser les inconvénients.
Adaptation et Port
L’enfant doit s’habituer aux semelles. Une période d’adaptation progressive est souvent recommandée. Le port doit être régulier pour un effet potentiel.
- Durée du port : Généralement, elles sont portées dans les chaussures de tous les jours. La durée totale varie en fonction de l’évolution et de la réponse de l’enfant.
- Inconfort initial : Un léger inconfort peut survenir au début, mais des douleurs persistantes ou un frottement doivent être signalés au podologue pour ajustement.
- Chaussures adaptées : Des chaussures suffisamment larges et à contrefort stable sont recommandées pour accueillir les semelles et optimiser leur effet.
Suivi et Réévaluation
Le suivi est essentiel pour s’assurer que les semelles sont toujours adaptées à la croissance de l’enfant et que leur effet est maintenu.
- Rendez-vous réguliers : Des consultations régulières avec le podologue et l’orthopédiste permettent d’évaluer l’évolution de la démarche, d’ajuster les semelles au fur et à mesure de la croissance des pieds et des modifications corporelles.
- Changement des semelles : Les semelles doivent être renouvelées régulièrement, souvent tous les 6 à 12 mois, en fonction de l’usure, de la croissance de l’enfant et de l’évolution de la condition.
- Critères d’arrêt : L’arrêt des semelles est envisagé lorsque la démarche s’est améliorée significativement, lorsque l’enfant atteint un âge où la résolution spontanée est moins probable et que la persistance est asymptomatique, ou si l’on constate une absence d’efficacité malgré un port assidu.
Approche Globale et Soutien Familial
La démarche en dedans, même bénigne, peut être une source d’inquiétude pour les parents. Une approche globale inclut :
- Information et éducation : Les parents doivent être pleinement informés de la nature de la condition, de son évolution naturelle et des options thérapeutiques.
- Encouragement à l’activité physique : L’activité physique régulière est bénéfique pour le développement musculaire et la coordination, indépendamment de la marche en dedans.
- Patience et observation : La croissance est un processus dynamique. La patience est une clé, et l’observation attentive de l’enfant par les parents est précieuse pour les professionnels. Ne considérez pas les plaques comme un « correcteur ». Voyez-les plutôt comme un « guide » discret pour accompagner la croissance dans une direction souhaitable, une sorte de tuteur pour un jeune arbre qui pousse.
En conclusion, cher lecteur, les plaques de marche pour la démarche en dedans représentent une option thérapeutique dans un cadre bien défini. Leur pertinence doit être évaluée au cas par cas, en tenant compte de l’origine de la rotation, de son impact fonctionnel, et de l’évolution naturelle. Une approche collaborative entre les différents professionnels de santé, associée à une information transparente des familles, est le socle d’une prise en charge judicieuse et efficace. La science continue d’évoluer, et avec elle, notre compréhension et nos outils pour accompagner au mieux le développement de chaque enfant.